dimanche 7 décembre 2008

Brodeck et son rapport


Après l'entre-deux-guerres dans Les âmes grises, Philippe Claudel s'attaque à la Seconde Guerre Mondiale dans son dernier roman, Le rapport de Brodeck. Autant tout vous avouer dès maintenant: j'ai vraiment adoré ce roman, très proche des Âmes grises au niveau de la forme mais bien plus passionnant selon moi. Direction l'Alsace-Lorraine quelques années après la fin de WW2, dans un village où la langue allemande est de mise et les voisins teutons d'anciens envahisseurs. Brodeck, mari et père de famille rescapé des deux conflits mondiaux, revient sur le drame qui a récemment touché la population: l'assassinat d'un étranger de passage chez eux, par tous les hommes du village sauf lui. Innocent mais éduqué, il est alors chargé d'écrire un rapport sensé défendre ses voisins, quitte à fouiller dans le passé et à dépoussiérer de vieux crimes que tout le monde a préféré oublier... Je vous avoue que la chronologie des faits est très travaillée et bien brouillée, au point qu'on en perd vite le pied! Mais c'est justement cette absence d'éléments spatio-temporels qui donne à l'histoire tout son charme, parfois dur à supporter mais toujours intrigant. Philippe Claudel aborde la très difficile période d'occupation nazie et la vie des prisonniers entassés dans les camps d'extermination, mais toujours de manière juste, sans emportement ni manichéisme non plus (ce qui ne veut pas dire qu'il défend les Nazis, hein). Et en omettant volontairement de bien préciser où se déroulent les faits, il rend également un bel hommage à toutes les victimes des génocides, bien que la joie de vivre et l'amour de l'Homme n'irradient pas du roman (c'est le moins qu'on puisse dire...).
A ce propos, je ne sais pas si vous avez regardé le reportage sur Srebenica (petite ville de Serbie où tous les hommes musulmans ont été exécutés sans raison par l'armée locale en 1995) dans l'Envoyé spécial de jeudi dernier, enquête qui était juste traumatisante.
Comment ça, je vous déprime avant de débuter une nouvelle et splendide semaine? ;)

4 commentaires:

  1. Oui c'est deprimant, mais il faut en parler de ça, tu as raison, ne pas oublier tous ces gens....Donc voilà, très bon billet, et je regrette de pas avoir vu ce reportage. Je chercherais voir les rediffs ou qi quelqu'un l'a. Merci!
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  2. Toutes les horreurs que s'infligent les hommes sont traumatisantes. Et la meilleure, c'est que ces horreurs ont toutes un facteur commun, la religion, pourtant sensée apporter la paix!
    Merci pour cette critique, ça donne envie de le lire!
    Oh non tu vas pas réussir à me déprimer, je ne reprends le boulot que mercredi, un long week-end de 4 jours! ;-)
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  3. Même si c'est déprimant, il y a un devoir de mémoire. C'est important d'en parler.

    Je suis allée en Croatie en 2003, il y avait un tabou de dingue sur les guerres. Il ne fallait pas en parler, rien pas un mot. C'était une sensation très étrange...
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  4. olivia (à paris): je t'en prie! tu verras, certaines images filmées à l'époque sont choquantes à point, un peu comme celles qu'on a retrouvées dans les archives nazies. par contre fais attention sur le site de france 3: les rediffusions via le net sont payantes! (l'arnaque)

    M1: aaa tout le monde n'a pas la chance de reprendre le travail un peu plus tard hehe. ravie que mon article t'ait donné envie de lire ce roman car il est vraiment très beau!

    thecélinette: idem pour moi lorsque j'allais en chine. personne ne veut parler de l'époque sous mao ni de celle d'aujourd'hui, et ça me rendait dingue de voir tous ces gens qui ne pouvaient pas vivre à fond. au point que j'ai arrêté de m'y rendre il y a plus de 5 ans (même si ça me manque un peu aujourd'hui). en ce qui concerne la croétie, je ne pensais pas que ce thème était encore tabou (pays européen...etc), merci!

    bisou!!
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